Depuis 2020, le nouveau réseau mobile de la 5G se déploie progressivement en France. Présentée comme une technologie de rupture, la 5G promet, en accélérant l’innovation et les nouveaux usages, de renforcer la performance et la compétitivité de l’économie française. Alors que l’Union Européenne a fixé l’objectif de couvrir toutes les zones peuplées par la 5G d’ici à 2030, TeleCoop interroge ce déploiement massif qui se fait hélas au détriment de l’intérêt général.
5G : Concentrons-nous sur les impacts, pas sur les promesses
L’impact environnemental de la 5G : effet rebond et empreinte carbone
Favoriser l’innovation, améliorer l’efficacité énergétique, créer des emplois, améliorer le bien-être… si la pertinence sociétale du déploiement de la 5G est encore vague, les potentiels impacts négatifs apparaissent eux plus concrets et importants.
D’un point de vue environnemental, l’empreinte carbone du numérique en France doublera d’ici 2030 et triplera d’ici 2050 si rien n’est fait pour la réduire et si les usages continuent de progresser au rythme actuel, selon l’étude prospective ADEME-ARCEP publiée en 2022[1].
Bien que les réseaux (fixe et mobile) ne concernent que 4% de l’empreinte carbone du numérique (50% pour la fabrication et l’utilisation des terminaux, 46% pour les data centers)[2], le déploiement du réseau 5G contribue largement à son augmentation, de façon indirecte, par effet rebond (l’accès à un débit plus rapide, dix fois plus élevé que la 4G, entraîne une consommation plus importantes de données pour un même usage) et par effet d’induction (les nouvelles technologies à l’origine de la 5G permettent le développement de nouveaux usages) qui entraînent la production de nouveaux terminaux et data center.
Le nombre d’équipements augmenterait ainsi de près de 65 % en 2030 par rapport à 2020 (notamment du fait de l’essor des objets connectés) et le trafic de données serait multiplié par 6 [3]. Malgré le développement de technologies permettant une meilleure efficacité énergétique, l’optimisation de la consommation d’énergie et autres ressources ne suffira pas à compenser l’augmentation des usages[4].
L’impact de l’infrastructure : 5G NSA, 5G SA et densification des antennes
Concernant l’infrastructure du réseau, l’impact direct n’est pas si négligeable non plus ! Depuis 2020, la 5G que les opérateurs déploient est la 5G NSA (Non Stand Alone, qui peut se traduire par Non Autonome) ; elle permet un transfert plus rapide des données que la 4G+ mais elle reste tributaire du réseau 4G+ pour fonctionner. La “vraie” 5G ou 5G SA (Stand Alone) ou 5G+ (dans le discours commercial / marketing des opérateurs) déployée depuis 2025 est indépendante du réseau 4G+.
Elle utilise d’autres fréquences* (3.5 GHz pour les particuliers et les professionnels, 26GHz pour des expérimentations uniquement professionnelles à ce jour) qui offrent en effet des débits énormes mais le revers de la médaille, c’est qu’elles ont une faible portée et sont sensibles - pour la fréquence 26GHz, une simple feuille d’arbre peut couper le signal. Il est alors nécessaire de déployer un réseau d'antennes beaucoup plus dense sur le territoire. Le passage à la 5G nécessite donc d’adapter les infrastructures existantes mais également d’en développer de nouvelles.

Bref, le déploiement de la 5G/5G+ contribue à exercer une pression considérable sur les ressources critiques (métaux, eau, énergie…) : elle est tout bonnement incompatible avec les limites planétaires**. Tout ça pour des usages plus que discutables ! Car si la promotion de la 5G/5G+ reposait grandement sur les bénéfices pour le secteur professionnel, à ce jour, force est de constater qu’elle est surtout développée à grande échelle pour les particuliers pour des usages de divertissement principalement. Est-ce que toujours plus de rapidité est pertinent pour des usages particuliers ?
Les impacts sociaux : santé mentale, écrans et cohésion sociale
D’autant plus que sur le volet social et sociétal, les impacts ne sont pas mieux. Une société du tout numérique est-elle vraiment souhaitable alors que nous observons aujourd’hui des impacts négatifs importants concernant l’usage du numérique en matière de santé mentale et de cohésion sociale ? Nos téléphones mobiles sont devenus omniprésents dans notre quotidien entraînant de nouvelles habitudes que beaucoup d’entre nous, piégés par l'économie de l'attention, considérons comme délétères :
- Binge watching
- FOMO
- Scrolling
- Sédentarité
L’addiction aux écrans chez les plus jeunes est aujourd’hui une préoccupation majeure. 60% des 15-24 ans considèrent que les réseaux sociaux ont un impact négatif sur la société. Ils sont pourtant 56% à les utiliser plus de 3 heures par jour [5]. Aujourd’hui, un consensus scientifique net se dégage sur les conséquences néfastes des écrans sur plusieurs aspects de la santé somatique des enfants et des adolescents[6]. C’est pourquoi TeleCoop s’engage en 2026 à protéger les enfants des impacts des écrans.

Les impacts de la fabrication : mines, puces électroniques et data centers
Les impacts sociaux négatifs lors des étapes de fabrication et de distribution sont aussi désastreux. Ceux de :
- L’industrie minière (exploitation des travailleurs dont des enfants, conflits armés…)
- La fabrication de puces électroniques qui consomme beaucoup d’eau ce qui entraîne régulièrement des conflits d’usage comme à Taïwan, premier producteur mondial de semiconducteurs, où le gouvernement, face à une sécheresse historique en 2021, a coupé l’eau courante de plus d’un million d’habitants deux jours par semaine[7].
- Les data center qui implantés à travers le territoire peuvent faire augmenter la facture d’énergie des riverains (c’est déjà le cas aux Etats-Unis[8]).
La 5G, une « technologie zombie » ?
La 5G est donc une technologie zombie 🧟♀️ selon le concept de José Halloy, professeur de physique et de sciences de la soutenabilité à l’Université Paris Cité. C’est-à-dire une technologie qui n’est pas viable. Le pire, note le chercheur, c’est que ce type de technologie a tendance à infecter tous les lieux où elles sont déployées ! C’est précisément le risque que fait courir la 5G en accélérant le tout-numérique dans la société avec l’explosion des objets connectés[9].
C’est pourquoi, face à de tels impacts, TeleCoop défend et promeut la sobriété numérique et ne propose pas aujourd’hui la 5G à ses abonnés. D’autant plus que le réseau 4G est déjà très performant avec une bonne qualité de service et couvre aujourd’hui 99% de la population française !
5G et démocratie : l’innovation au service de l’intérêt général ?
C’est la question qui se pose. La 5G n’a pas fait l’objet d’un vrai débat public et démocratique, ce qui, chez TeleCoop, nous paraît extrêmement problématique alors que cette technologie a un impact majeur sur la société. Si les voix critiques lors de son lancement en 2020 n’ont pas été prises en considération (y compris la recommandation d’un moratoire par les membres de la Convention citoyenne pour le climat), c’est parce que la décision avait déjà été prise depuis longtemps, par un nombre restreint d’acteurs (opérateurs privés, investisseurs, décideurs politiques) sans solliciter l’ensemble de la société.
Se montrer critique envers la 5G, ce n’est pas être technophobe ni “amish[10]” dans l’âme, c’est manifester, au contraire, la volonté d’être davantage associée aux réflexions sur l’avenir des réseaux et des usages numériques, de manière à “choisir son numérique” en prenant en compte différents enjeux tels que les impacts négatifs cités précédemment. Ces sujets doivent être pensés collectivement, avec toute la société civile, dès le départ. En ce sens, rappelons que :
- L’innovation technologique n’est pas un processus linéaire, autonome, inéluctable (“on n’arrête pas le progrès”, “on peut pas faire autrement”) toujours synonyme de progrès social et sur lequel nous n’avons aucune prise et auquel nous devons nous adapter.
- La technologie n’est PAS neutre, ce n’est pas qu’une question d’usage ! Un discours dominant affirme que la technologie est neutre, qu’elle n’est qu’un outil et que ce sont les usages individuels qui peuvent être problématiques et délétères (on retrouve malheureusement aujourd’hui le même discours au sujet de l’IA).
Mais ces usages sont orientés, façonnés par les choix d’investissement, les modèles économiques des acteurs qui développent la technologie en question. La 5G n’est pas qu’un outil mis à disposition, nous sommes incités à utiliser cette technologie d’une certaine manière plutôt qu’une autre. La technologie n’est pas neutre, c’est une question de valeurs et de choix politiques. Ainsi, la sobriété numérique ne doit pas reposer uniquement sur les individus, sur les usages individuels, elle doit être intégrée dès la conception des technologies et infrastructures associées.
Répétons-le : il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’innovation technologique mais de retrouver notre capacité de choix et d’action la concernant. Nous devrions collectivement choisir le modèle de société que nous voulons adopter, décider des usages souhaitables des réseaux mobiles, du numérique. Or ce n’est pas le cas actuellement[11]. Nous devons remettre l’innovation au service de l’intérêt général. TeleCoop s’engage au quotidien pour faire émerger ce débat nécessaire et pour peser dans les discussions avec les acteurs du secteur[12].

Vers la 6G : le risque d’une course technologique sans fin ?
Ce débat est d’autant plus urgent que la 6G est déjà dans les tuyaux et que le temps est compté pour peser dans les discussions. Depuis l’automne 2025, la mission “France 6G” réunissant chercheurs et industriels, pilotée par l’Institut Mines-Télécom, prépare d’ores-et-déjà l’arrivée de la 6e génération de réseau mobile, dont le déploiement commercial est prévu pour 2030. Pour l’instant, notent Maxime Echene, Responsable RSE Orange Business France, et Alexis Nicolas, chercheur en redirection numérique, la promotion de la 6G s’appuie sur les mêmes promesses marketing de celles de la 5G, la même logique de l’offre (consommer toujours plus) et la même absence d’implication citoyenne.
Avec un débit qui pourrait être 100 fois supérieur à celui de la 5G, la 6G promet d’aller encore plus loin dans la numérisation de la société. La commission européenne annonce une “nouvelle ère”, celle de la “connectivité omniprésente” entre les “humains et les véhicules connectés, les robots et les drones”[13]. Est-ce vraiment le futur auquel la majorité d’entre nous aspire, compte tenu des impacts négatifs potentiels et déjà avérés de notre usage du numérique ?
Voulons-nous conserver un tel modèle, qui en intégrant l’obsolescence programmée des réseaux mobiles successifs, gaspille autant de ressources ?
Car une autre conséquence majeure est à craindre. Tout comme la 5G a entraîné le démantèlement des réseaux 2G et 3G, laissant sur le carreau des millions d’utilisateurs, doit-on craindre à moyen ou long terme le démantèlement du réseau 4G ? Si la 4G s’arrêtait à son tour, c’est plus de 80 millions de téléphones non compatibles avec la 5G et des millions d’objets connectés qui seront à remplacer. Cette course à l’innovation technologique rend le réseau mobile toujours plus complexe et donc fragile.
C’est pourquoi TeleCoop se lance dans un plaidoyer en faveur de la 4G pour tous et toujours. Si vous aussi, vous souhaitez remettre l’innovation technologique au service de l’intérêt général, rejoignez la coopérative !
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Définitions :
*fréquences : les radiofréquences correspondent à une partie du spectre électromagnétique (qui réunit l’ensemble des ondes électromagnétiques), entre 3 kHz et 300 GHz, là où seul un signal radio est exploitable. Une fréquence est le nombre de répétitions par seconde d’un phénomène vibratoire (en Hertz, Hz). Une radiofréquence de 3kHZ, ça veut dire qu’en 1 seconde, le phénomène vibratoire se repète 3000 fois.
**limites planétaires : un modèle élaboré en 2009 par les chercheurs Will Steffen et Johan Rockström du Stockholm Resilience Center, qui intègre neuf limites environnementales à l’intérieur desquelles l’humanité peut continuer à se développer sans perturber les écosystèmes. Il est mis à jour régulièrement. A ce jour, sept des neuf limites planétaires identifiées ont été jugées comme ayant été franchies.
Sources :
[1] Etude ADEME – Arcep, Evaluation de l’impact environnemental du numérique en France, 3e volet (mars 2023)
[2] [3] Mise à jour de l'étude ADEME-Arcep en 2025
[4] The Shift Project, Impact environnemental du numérique : tendance à 5 ans et gouvernance de la 5G (2021)
[5] Baromètre MILDECA / Toluna Harris Interactive 2025
[6] Rapport “Enfants et écran, à la recherche du temps perdu” (30 avril 2024)
[7] Reporterre, “À Taïwan, la sécheresse menace la production de puces électroniques” (7 avril 2021)
[8] Harvard Law Today, “How data centers may lead to higher electricity bills” (3 septembre 2025)
[9] José Halloy, post Linkedin de 2025
[10] En 2020, le président français Emmanuel Macron défend le passage à la 5G en déclarant : ”Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine” (Le Monde, 14 septembre 2020)
[11] Maxime Echene, Alexis Nicolas. Futur des réseaux mobiles, quelle place pour les citoyens ? (2025)
[12] ARCEP, Réseaux du futur. “Choisir son numérique” : les réseaux télécoms au regard des usages du numérique (29 septembre 2025)
[13] Commission Européenne, Réseaux 6G en Europe