Arrêt de la 2G et de la 3G : Nous exigeons des garde-fous

Les engagements de TeleCoop

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Alors que des millions d’appareils devront être remplacés dans les prochains mois, nous alertons avec l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée) et d’autres associations sur les effets désastreux d’une « décision unilatérale des opérateurs privés » et nous appelons, dans une tribune au « Monde », à une régulation de l’Etat et à une compensation financière prise en charge par les opérateurs.

Tribune publiée le 31 mars 2026 dans le journal Le Monde

A partir de ce 31 mars, les réseaux 2G et 3G seront progressivement éteints par les opérateurs de téléphonie mobile.

Cet arrêt met en danger la continuité de nombreux services essentiels pour des millions de Français·es. Pourtant, les pouvoirs publics ne semblent pas suffisamment prendre la mesure des impacts désastreux de cette décision unilatérale des opérateurs privés de télécommunication : Bouygues, Orange, SFR et Free.
Jusqu’à 12 millions d’équipements en France seraient concernés par cet arrêt de réseaux, et devront être remplacés : aucune solution de mise à niveau n’est accessible. Parmi ces équipements concernés, on compte 2,4 millions de téléphones portables. Par ailleurs, près de 10 millions d’objets connectés devront être adaptés ou renouvelés : ascenseurs, automobiles, alarmes, éclairage public, dispositifs médicaux dont les services sont parfois vitaux, etc.

Aucune compensation financière malgré les coûts faramineux de mise à niveau

Le coût de remplacement de ces équipements rendus obsolètes peut retomber sur les utilisateurs et utilisatrices finaux. Plusieurs centaines d’euros pour le rachat d’un smartphone, 300€ en moyenne pour un bracelet antichute, jusqu’à 1800€ (rapport d’information du Sénat sur les impacts de la mise en extinction des fréquences mobile 2G/3G, page 63) et une journée d’intervention pour adapter un ascenseur.
Pour les collectivités, l’adaptation des réseaux d’eau et d’assainissement pourrait coûter 400 millions d’euros. Sans compter le renouvellement de l’éclairage public, qui représente une somme de 900 000€ pour la seule ville de Lille (rapport d’information du Sénat sur les impacts de la mise en extinction des fréquences mobile 2G/3G, page 63).
Cet arrêt de réseau supposera 1,36 milliard d’euros de surcoûts a minima. Qui devra les assumer ? Les consommateur·ices, les entreprises, les collectivités, les associations. Aucune aide à l’horizon, ni des opérateurs à l’origine de la décision ni de l’Etat.
Le chiffre alarmant d’1,36 milliards d’euros est malheureusement probablement sous-estimé.
Nous déplorons l’absence d’une étude cartographiant l’ensemble des équipements concernés, ainsi que les impacts induits. Le diagnostic de l’ARCEP (communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) reste lacunaire et aurait mérité d’être approfondi pour permettre une réelle mesure de l’ampleur du problème, et donc un encadrement et des compensations adéquates.
Au lieu d’en profiter pour vendre de nouveaux appareils, nous demandons aux opérateurs télécoms privés de prendre leurs responsabilités financières, avec par exemple la création d’un fond indemnitaire à destination des entreprises, des associations et des collectivités très fortement impactées dans le cadre de la fourniture de leurs services. Permettant ainsi d’éviter la répercussion des coûts sur les usager·ères.

Des millions de Français·es potentiellement pris·es au dépourvu, parfois au péril de leur vie

Parmi les équipements concernés, 300 000 bracelets anti-chute pour personnes âgées (rapport d’information du Sénat sur les impacts de la mise en extinction des fréquences mobile 2G/3G, page 63).
Par ailleurs, aucun véhicule vendu avant 2025 n’est équipé d’un dispositif obligatoire d’appel d’urgence (eCall) compatible avec la 4G. Cela concernerait plus de 36 millions de véhicules dans l’Union européenne. Les risques pesant sur le lien aux secours sont d’ailleurs nombreux et mal identifiés : on craint des coupures d’appels d’urgence pour certains téléphones, l’obsolescence des bornes d’appels de la SNCF, des dysfonctionnements dans les « bip » des services d’urgence (Sénat, rapport d’information sur les impacts de la mise en extinction des fréquences mobiles 2G/3G, page 68).
L’arrêt de la 2G et de la 3G implique également de rendre totalement obsolètes l’ensemble des téléphones portables non compatibles avec la 4G. Loin d’être marginale, l’utilisation de ce type de mobiles est encore courante chez certains publics particulièrement vulnérables, qui s’en servent encore
comme moyens de communication privilégiés. Rien qu’en 2025, l’association Emmaüs Connect a ainsi distribué plus de 20 000 terminaux de ce type. Autant de personnes sans abri, exilées et/ou victimes de violences qui n’auront demain plus la possibilité de passer des appels ou d’envoyer des SMS dans des situations d’urgence souvent vitales

L’obsolescence prématurée de millions d’équipements fonctionnels

Alors que la fabrication des équipements numériques représente la majeure partie de leur impact carbone, cette obsolescence forcée implique un impact environnemental invisibilisé et conséquent. Les presque 12 millions d’équipements fonctionnels concernés peuvent être parfois très récents, l’arrêt des réseaux n’ayant été annoncé qu’en 2022.
Le seul renouvellement des 2,4 millions de téléphones supposerait l’émission de près de 200 000 tonnes de CO2 selon les chiffres de l’Ademe, l’équivalent de près de 22 000 tours de la terre en voiture thermique.

Faisons de nos réseaux de véritables biens communs

Aujourd’hui, l’État n’impose que très peu de limites aux opérateurs privés, considérant que cela « ne [relève] pas des prérogatives de la puissance publique » (réponse du gouvernement à une question écrite, en mai 2025). Ce désengagement, qui est aussi celui de l’ARCEP (selon l’avis du 10 avril 2025 du CSNP page 4), est inacceptable.
Nous déplorons l’absence de garde-fous et craignons que la situation actuelle se répète d’ici quelques années. À l’heure où la Commission européenne prévoit déjà le déploiement de la 6G à horizon 2030, la 4G et la 5G ainsi que les équipements qui en sont dépendants pourraient bientôt être à leur tour considérés comme obsolètes. La 4G est en effet déjà reléguée au second plan dans certains déploiements, au profit de la 5G. Comment éviter que la 4G, une technologie très adaptée et très déployée, devienne obsolète prématurément ?
L’arrêt de la 2G et de la 3G doit faire précédent. Nous exigeons un encadrement des réseaux par l’État, afin de limiter les impacts économiques, sociaux et environnementaux de ce type de décisions. La puissance publique, qui attribue le droit d’exploitation des réseaux aux opérateurs privés, a le pouvoir d’effectuer cette régulation, au nom de l’intérêt général et de la sécurité des personnes. Ensemble, faisons de nos réseaux de véritables biens communs !

Que faire si vous êtes impactés ?

Vous pouvez signaler le problème sur la plateforme de HOP ! Nous avons besoin de cas concrets pour pouvoir interpeller les décideurs.
Et vous pouvez aussi contacter notre service client à contact@telecoop.fr ou au 01 84 60 95 35, qui pourra vous accompagner au mieux.

Rejoignez TeleCoop pour affirmer ensemble 4G pour tous et pour toujours.

Sources principales :
- La tribune dans Le Monde
- Les sources complètes - site de HOP
- Rapport d’information du Sénat sur les impacts de la mise en extinction des fréquences mobile 2G/3G
- Le rapport trimestriel de l'ARCEP - mars 2026


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